Lors de ses formations, MIRADOR réalise des simulations de crise. Dans ce cadre nous utilisons des conflits du monde avec un objectif précis : s’ouvrir au monde proche grâce au monde lointain.

Il s’agit dans un premier temps d’aller à la rencontre du monde lointain. Sans impact évident (mais pourtant présent) sur notre quotidien, il est une ressource indispensable à notre travail. Il offre à nos participants un éloignement nécessaire à la prise de recul. Quand impliquer (affecter) directement dans une crise, il peut être difficile de s’en extraire suffisamment pour réussir à trouver des outils qui offriront une solution constructive au conflit.

C’est pour cette raison que nous avons fait le choix d’accompagner nos participants à la découverte de méthodes de gestion des crises grâce à la géopolitique et non en s’appuyant immédiatement sur leur propre situation de tension. Ainsi, l’affect étant absent, chacun peut se concentrer pleinement sur l’utilisation des techniques proposées. La forme donc avant le fond !

La crise des missiles de Cuba est l’une de nos simulations clef.

En octobre 1962, le monde se trouve en pleine guerre froide. Les Etats-Unis et l’URSS sont les deux grands gagnants de la Seconde Guerre Mondiale. S’ils opposent sur tout (vision économique, politique…), ils ont un point commun : ils disposent de la bombe atomique.

Afin d’assurer leur sécurité et d’imposer leur idéologie, les deux pays tentent de conclure des alliances, se rapprochant géographiquement toujours plus prêt l’un de l’Autre. Par exemple, en 1961, l’Italie et la Turquie, alliés des Etats-Unis, accueilleront sur leur sol des missiles pouvant atteindre la plus grande partie de l’URSS en moins de 15 minutes.

A l’époque, la théorie des dominos, qui veut que le basculement idéologique d’un pays en faveur du communisme serait suivi du même changement dans les pays voisins, fait loi. Alors, lorsqu’en 1959, Fidel Castro, chef du parti communiste, suite à une révolution, prend le pouvoir sur l’île de Cuba, les Etats-Unis s’inquiètent. L’île n’est qu’à 150 kilomètres de leurs côtes ! Les Etats-Unis tentent en 1961 de « régler » le problème en envahissant l’archipel par la Baie des cochons. Echec retentissant !

La crise des missiles de Cuba débute le 14 octobre 1962. Elle durera treize jours.

Le 14 octobre, les Etats-Unis, gouvernés par Kennedy, grâce au survol de l’île de Cuba par un avion U2, découvrent que des missiles sont en train d’être installés sur le territoire cubain. L’URSS, gouvernée par Khrouchtchev, est fortement suspectée d’utiliser Cuba de la même manière que les Etats-Unis utilisent la Turquie et l’Italie.

Lorsque Kennedy est informé, le 16 octobre, de la situation, il réunit une commission afin de déterminer la marche à suivre. Si un grand nombre des conseillers de Kennedy plaide pour envahir l’île, Kennedy opte pour une toute autre option. Il rencontre le 18 octobre le ministre des affaires étrangères de l’URSS qui lui affirme que les missiles sur l’île de Cuba sont uniquement défensifs et non offensifs. Peu convaincu par ces arguments, Kennedy place les Etats-Unis en alerte maximale afin de mobiliser toutes les armées à contrer une éventuelle attaque.

Le 22 octobre, il annonce officiellement la mobilisation des Etats-Unis aux citoyens américains et révèle l’option qu’il a choisie.

« Pour empêcher la mise en place d’un dispositif offensif, une stricte « quarantaine » sera appliquée sur tout équipement militaire offensif à destination de Cuba. Tous les bateaux à destination de Cuba, quels que soient leur pavillon ou leur provenance seront interceptés et seront obligés de faire demi-tour s’ils transportent des armes offensives. Si besoin est, cette quarantaine sera appliquée également à d’autres types de marchandises et de navires. Pour le moment cependant, nous ne cherchons pas à priver la population cubaine des produits dont elle a besoin pour vivre, comme les Soviétiques tentèrent de le faire durant le blocus de Berlin en 1948. »

La réponse de Khrouchtchev arrivera le 24 octobre.

« Si l’on observe avec sang-froid la situation qui s’est mise en place, on peut comprendre que l’Union Soviétique se doit de rejeter les requêtes arbitraires des Etats-Unis et que l’Union Soviétique voit le blocus comme un acte d’agression. Ses navires auront pour consigne de l’ignorer. »

La tension est très forte. Les bateaux soviétiques entendent continuer leur route vers l’archipel cubain et faire fi de la quarantaine.

Nos participants sont invités à ce point à prendre les commandes des trois pays impliqués. Charge à eux d’éviter au monde de sombrer. Par un procédé leur permettant de jouer dans un premier temps le rôle des Etats-Unis, puis celui de l’URSS et enfin celui de Cuba, ils prennent conscience de l’identité, des enjeux, des émotions et des besoins des trois protagonistes. Comprenant cet Autre, ils sont sommés de trouver une solution qui sera acceptée par l’ensemble des parties prenantes.

Les participants ressortent plusieurs éléments après avoir fait l’expérience de cette simulation. Le premier est que les personnes en conflit ne privilégient pas naturellement l’écoute pour résoudre la situation de tension. Elles font souvent le choix premier de la confrontation par l’argumentation, poussant l’Autre à l’escalade. Pour dépasser ce stade deux conditions sont apparues comme essentielles. Il est indispensable de prendre connaissance et conscience de ce que l’Autre est (identité, enjeu, émotion, besoin) et pour se faire  l’empathie (première condition) reste le chemin le plus efficient. En aucun cas les participants n’ont ressenti de la sympathie pour « l’ennemi ». Ils ont simplement cherché à accéder à sa « carte du monde ». Pour réussir à se mettre à la place de l’Autre, il est nécessaire de prendre du temps (seconde condition). Ce temps peut être un temps d’isolement, un temps de réflexion seul ou à plusieurs, un temps de questionnement ; à chacun son horloge.  

Le temps et l’empathie sont pour MIRADOR les deux ingrédients principaux à la résolution d’un conflit. Il n’est pas possible de faire sans.

Pour en savoir plus sur la crise des missiles de Cuba, n’hésitez pas à lire le livre Treize jours ou regarder le film du même titre.